Texte de Christiane Laforge
lu à la présentation de Guylaine Rivard
au Gala de l'Ordre du Bleuet, le 15 juin 2013

Pétrie du doute de sa propre valeur, à mi-chemin sur la pente de la délinquance, Guylaine Rivard sort tout droit d’un conte d’Andersen. Le vilain petit canard se découvre l’élégance d’un cygne en faisant du théâtre.

Son histoire commence dans le chaos. Ignorant tout de la dyslexie, l’école la condamne pour ses difficultés d’apprentissage, confondant sa différence avec le refus de se conformer. Se croyant abonnée à l’échec, Guylaine décroche de l’école à 16 ans, flirte avec la délinquance et fait le clown… avec tant de conviction que le collectif le Grand Barda, situé à Kénogami, la recrute. Sous le pseudonyme de Réciproque, elle partage avec eux l’enthousiasme pour l’animation et le théâtre pour enfants sur tons de militantisme social, environnemental et pacifiste. Elle s’épanouit dans le rire du « stand-up » et de l’improvisation qu’explorent de jeunes inconnus comme Michel Barrette, Pierre Noël, Dominique Lévesque, Dany Turcotte, Marie-Lise Pilote. Elle se croyait analphabète et la voilà qui écrit, mémorise, récite, joue pour La Rubrique, Les Amis de Chiffon, Les Têtes Heureuses et le Centre populaire de la marionnette au Saguenay.

Tel un pied de nez à la petite école honnie, elle s’inscrit au certificat en théâtre à l’Université du Québec à Chicoutimi. Elle y rencontre Larry Tremblay, écrivain, metteur en scène et comédien de Chicoutimi qui a mis sur pied un Laboratoire gestuel. Une approche qui séduit l’universitaire de Jonquière au point qu’elle suit ce spécialiste du kathakali, danse-théâtre du sud de l’Inde, quand il part enseigner à l’Université du Québec à Montréal. Elle est conquise par cette approche du mouvement, par sa rigueur; un théâtre centré sur le texte plus que sur les conventions, le décor, les costumes. Insatiable, elle entreprend d’autres formations : Dojo pour acteur avec Pol Pelletier, stage sur les alexandrins avec Robert Morac, stage sur la voix avec Louis Spritzer, stage Comédia dell'arte avec Onil Melançon et Processus organique avec John Strasberg.

Les années passent. Guylaine et son homme de toujours depuis 1983, le scénographe Serge Potvin, souhaitent élever leur fille dans leur région natale. Mais pas question de renoncer au théâtre. Avec Bernard Vandal et Patrice Tremblay, deux fervents axés sur la recherche et la technique, le couple Rivard-Potvin fonde le Théâtre de la suggestion. Mais cela ne suffit pas à Guylaine qui veut un centre d’entraînement de l’acteur, un lieu de recherche, d’expérience et d’audace où provoquer des événements, des rassemblements de comédiens, metteurs en scène, cinéastes, comme le théâtre-jeu ou les lectures publiques. Un laboratoire où bousculer les acquis, oser créer la rupture avec le connu pour trouver de nouvelles couleurs. Secondée par Serge, Johanne Grenon et Yves Larouche, elle crée le Théâtre CRI en 1997, Centre de recherche et d’interprétation.

Avec plus de 40 rôles à son actif dans Macbeth, Le malade imaginaire, Le jeu du pendu, Dër Cabaret et surtout l’intense Celle-Là de Daniel Danis, Guylaine Rivard a conçu et mis en scène de nombreuses productions en théâtre et spectacles de variétés. Défendant avec ardeur le théâtre en région, elle contribue à sa vitalité, accordant une grande place aux jeunes auteurs, prenant le risque de leur inexpérience en leur offrant la richesse de ses acquis en 15 années d’une audace jamais démentie.

Parmi les productions les plus mémorables, il y a Poupzée (Masque de la contribution spéciale, décerné par l’Académie québécoise du théâtre en 2003), L’Opération, œuvre témoin s’il en est de ce que fait le Théâtre CRI. Yvon Paré, critique d’art au Quotidien, définit fort bien la nature du CRI : « Que venons-nous de vivre, que s'est-il passé sur la scène du Mont-Jacob? Autant oublier le côté du signifiant ou du narratif. Ce n'est pas là l'important. Nous sommes au-delà et en deçà d'une histoire. Nous plongeons dans l'expression théâtrale, dans ce qu'elle a de plus excessif et de plus simple. Autant se laisser imbiber par ces tableaux très beaux visuellement, emporter par des silences et les embryons des grands arias des opéras populaires. »

Nous sommes au-delà et en deçà d'une histoire. Cela est aussi vrai avec Gargantua, Catatonie, Parents et amis sont invités, La fuite des choses et, plus récemment Petites morts et autres contrariétés.

En 30 ans de carrière, Guylaine Rivard a largement contribué à dynamiser le théâtre au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Son dévouement et son talent ont a été superbement soulignés l’an dernier par le Prix à la création artistique du Conseil Régional de la Culture, décerné par le Conseil des arts et des lettres du Québec. « Ça prouve qu’on a raison de continuer à travailler en région avec des gens exceptionnels », a-t-elle conclu avec modestie.

La passion, la détermination, le courage n’ont d’égal que sa fidélité à sa région. Elle a magnifiquement démontré qu’elle sait donner autant qu’elle exige. Repousser les limites. Oser l’inattendu. Son CRI a été entendu.


Le 15 juin 2013
GUYLAINE RIVARD

Co-fondatrice du Théâtre CRI
Pour sa contribution novatrice au théâtre régional

fut reçue membre de L’Ordre du Bleuet

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dimanche 21 avril 2013

Guylaine Rivard sur vidéo au Gala 2013

Quelques minutes pour se souvenir d'un grand moment

Gala 2013 de l'Ordre du Bleuet
Guylaine Rivard



        

POURQUOI L'ORDRE DU BLEUET

L'intensité et la qualité de la vie culturelle et artistique au Saguenay-Lac-Saint-Jean est reconnue bien au-delà de nos frontières. Nos artistes, par leur talent, sont devenus les ambassadeurs d'une terre féconde où cohabitent avec succès toutes les disciplines artistiques. Cet extraordinaire héritage nous le devons à de nombreuses personnes qui ont contribué à l'éclosion, à la formation et au rayonnement de nos artistes et créateurs. La Société de l'Ordre du Bleuet a été fondée pour leurs rendre hommage. La grandeur d'une société se mesure par la diversité et la qualité de ses institutions culturelles. Mais et surtout par sa volonté à reconnaître l'excellence du parcours de ceux et celles qui en sont issus.